A la fin de ce billet, on rentrait à la maison, persuadés qu’il nous restait une semaine pour nous préparer tranquillement à l’arrivée d’un troisième membre de la famille (quatrième, si on compte le chat). Telle qu’on nous l’avait décrite, la césarienne programmée c’était l’équivalent de la livraison « colissimo express » du bébé : arrivée tôt le matin, installation dans une chambre, petite toilette à la bétadine, départ en salle d’opération et 15-20 minutes plus tard, POF, ça fait des chocapics un bébé. Rapide, simple, efficace. Avec le futur papa, on se disait même que ça ne nous ressemblait pas tellement, un accouchement aussi organisé. Ce qui nous caractérise, nous, c’est plutôt le bordel et l’improvisation.

C’est aussi ce qu’a dû se dire la cacahuète, qui n’a visiblement pas apprécié qu’on lui planifie sa date de naissance sans lui demander son avis. La nuit même, moins de 14h après avoir planifié la date, une semaine tout pile avant cette fameuse date, je ressentais mes premières contractions, déjà espacées de moins de 5 minutes : le travail avait commencé.

Pour ajouter un peu de piment à la situation, je m’étais fait ma piqûre d’anti-coagulants quelques heures avant de ressentir les premières contractions. L’anesthésie pratiquée durant la césarienne étant incompatible avec les anti-coagulants, il a fallu attendre que la piqûre ne fasse plus effet. Quand le produit a enfin cessé d’agir, deux sages femmes sont venues me voir toutes penaudes en salle de pré-travail pour m’annoncer qu’une future maman venait de partir en césarienne d’urgence, et que du coup il fallait attendre « encore un peu ». Au final, il s’est bien écoulé dix heures entre mon arrivée à la maternité et le départ en salle d’opération.

Je dois vous avouer un truc : au début des contractions, j’ai prononcé cette phrase de connasse: « Ah mais en fait, c’est ça les contractions? Bah, ça ne fait pas si mal ».
Deux heures plus tard, j’avais envie de remonter le temps et de me coller une énorme tarte dans la tronche tellement cette phrase était stupide. Quatre heures plus tard, je hurlais comme un animal sauvage. Six heures plus tard, j’étais enfin capable de mettre une valeur sur le « 10 » de cette fameuse question : « sur une échelle de 1 à 10, vous avez mal comment? ». Huit heures plus tard, j’alternais contractions et crises de nerfs, persuadée que j’allais finir en accouchement par voie basse tellement la pression sur mon bas-ventre devenait intense. Fort heureusement, j’avais une perfusion de paracétamol pour gérer la douleur (j’espère que l’ironie se ressent à l’écrit…).

Et puis, finalement, après ce qui m’a semblé une éternité, on est venu me chercher. Trois contractions plus tard arrivait la délivrance : la rachi-anesthésie (à prononcer avec des paillettes dans les yeux et des trémolos dans la voix). Enfin, je n’avais plus mal. Enfin, je pouvais respirer normalement. Vu que je venais de faire le Vietnam, le reste de la césarienne a franchement été une partie de plaisir. On a installé un drap juste sous mon cou, histoire de cacher la boucherie qui allait se dérouler derrière, puis le futur papa qui avait été mis à l’écart jusque là a pu me rejoindre (vu qu’il ne m’entendait plus hurler comme un goret depuis plusieurs minutes, il pensait qu’on m’avait mise sous anesthésie générale).

L’extraction du bébé, si elle n’a pas forcément été agréable, n’a pas du tout été douloureuse. Mais on a quand même eu droit à notre petit moment de frayeur. Le personnel médical nous informait en temps réel de ce qui se passait derrière le rideau : « Ah oui effectivement il est en siège ! (sans blague…). Et voilà ses petites fesses… Ses jambes… Ses bras…………………….. ». Et puis plus rien. J’avais beau ne pas être au top de mes capacités intellectuelles, je sentais bien qu’il manquait un truc dans la liste. Il s’est avéré que la tête du bébé était mal positionnée, ce qui explique sûrement pourquoi il n’a jamais voulu se retourner.

Une fois le bébé sorti (avec un peu d’aide, une sage femme a dû le pousser par le haut pour que la tête se débloque), il a été emmené à côté avec le futur papa : moment un peu difficile, jusqu’à ce que j’entende enfin son premier cri (et je peux vous dire qu’il avait déjà du coffre). On est ensuite venu le poser sur moi, en peau à peau, avec le papa à côté. Avoir le bébé tout contre moi, c’était parfait pour réussir à occulter complètement ce qui se passait derrière le rideau, à savoir l’équipe médicale qui nettoyait le champ de bataille (par contre difficile d’ignorer la quantité de sang maculant la blouse des médecins quand ils sont venus nous féliciter !).

On est ensuite allés tous les trois en salle de réveil, pendant presque deux heures. Puis retrait de la sonde urinaire (parce que oui, une sonde urinaire avait été installée suite à l’anesthésie, mais concrètement je n’ai senti ni qu’on me l’installait, ni qu’on me la retirait – et c’est tant mieux !), et retour en chambre. Quelques heures plus tard, je pouvais déjà me lever, difficilement certes, mais sans aide extérieure, et je pouvais sans problème porter le bébé (mais que ce soit une petite cacahuète de seulement 2 kilos 5 m’a sans doute aidé un peu !)

J’avais lu beaucoup de témoignages négatifs sur la césarienne : mamans qui se sont retrouvées seules en salle de réveil, convalescence très difficile et incapacité à s’occuper de son enfant les premiers jours, impression de ne pas avoir « vécu » son accouchement…  Ce n’est pas du tout mon ressenti. Je n’ai jamais été seule, j’ai pu m’occuper du bébé dès le début, et en quelques jours j’étais rétablie. Futures mamans inquiètes de ne pas pouvoir accoucher par voie basse, rassurez-vous : la césarienne n’est pas une fatalité, et vous ne passerez pas pour autant à côté de votre accouchement. Et ne vous inquiétez pas pour la cicatrice : grâce à la bedaine post-partum, vous la verrez à peine ! (oui, bon, on se console comme on peut…)

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